Femu a Corsica
Màrcuri u 13 di Farraghju 2013

Projet de loi d’orientation et de programmation pour la refondation de l’école : Femu a Corsica persiste et signe


Projet de loi d’orientation et de programmation pour la refondation de l’école : Femu a Corsica persiste et signe
Lors de la  dernière session de l’Assemblée de Corse (7 et février 2013), les élus  devaient émettre un avis sur le projet de loi d’orientation et de programmation de l’Education proposé par le gouvernement. Ce fut un exercice bien difficile car nous étions sensés nous exprimer uniquement sur les articles concernant les prérogatives et les attributions de l’Assemblée dans ce domaine c'est-à-dire un ou deux articles uniquement.

Il est bien évident pour notre groupe qui dans son projet global pour la Corse considère l’Education et la formation comme une priorité, que nous ne pouvions rester muets face à ces nouvelles mesures. Mesures qui vont de facto,  impacter directement la vie d’un quart de la population et qui au-delà de la sphère de l’Assemblée auront des répercutions sur tout le territoire.
Si dans un premier temps il nous apparait quelques bonnes dispositions il n’en demeure pas moins que le texte présente un certain nombre de  lacunes par le manque d’ambition et de volonté de reformer en profondeur le système.

Le contexte

L’école vient de vivre une période très dure où la mise en concurrence systématique à tous les niveaux, associée à un contrôle technocratique généralisé et à une caporalisation sans précédent des acteurs, a conduit à une véritable « dépression collective ». Le sentiment d’impuissance à la base n’a jamais été aussi grand. Il existe une crise de l’institution scolaire qui est, bien évidemment liée, à des facteurs sociaux plus larges : déliaison intergénérationnelle, montée des individualismes, surexcitation pulsionnelle d’enfants et d’adolescents.

Mais l’école, doit être un espace de décélération où des groupes d’élèves à taille humaine sont encadrés et suivis par des équipes d’enseignants cohérentes. Ce doit être un lieu où l’on prend le temps d’apprendre et de comprendre, où l’on met en place les «  contraintes » qui permettent d’accéder à la réflexion et à la pensée. Ce doit être une institution où se construit du « commun » et où se prépare « l’avenir du commun »… Cela passe par un travail de fond sur les contenus d’enseignement qui ne doivent pas être réduits à un chapelet de compétences techniques, mais s’inscrire dans une culture qui mobilise les élèves et leur permette de comprendre comment les humains ont construit, tout au long de leur histoire, les moyens de leur émancipation. !

Un projet incomplet

Nous saluons quand même quelques points positifs comme le retour de l’attention portée à la pédagogie, reléguée depuis plus de dix ans derrière la didactique des disciplines,.la dimension culturelle réintroduite dans le socle des compétences. La volonté de mettre l’accent sur le premier degré, la réflexion sur la formation des maîtres, la reconnaissance de l’école maternelle, la création de 60 000 emplois et les dispositifs d’aide aux élèves en difficultés.
 
Mais nous restons très dubitatifs quant à la méthode employée où la concertation s’est effectuée en haut de la pyramide. Une concertation plus large aurait engagé une dynamique sur laquelle le ministère aurait pu s’appuyer. Des  rencontres décentralisées,  auraient permis de nous mettre en route collectivement. Dans ce cadre, nous aurions pu faire valoir nos spécificités. Malheureusement aujourd’hui la concertation/ refondation n’est devenue qu’une simple mesure réparatrice des effets dévastateurs de la loi de 2008,une simple « amélioration de l’existant ».
 
Quelques exemples :
  •  la formation initiale des enseignants : on salue la création des ESPE (école supérieur du professorat et de l’éducation) mais on déplore que le recrutement soit fait entre les deux années de master. Le métier d’enseignant est un métier d’expérience et d’expérimentation. Deux véritables années de formation en alternance sont indispensables pour construire une culture partagée, et pour s’exercer par de nombreux stages. On ne prend aucune disposition particulière pour la formation continue ! C’est un oubli préoccupant D’autant plus qu’on sait aujourd’hui la plus-value indiscutable de cette formation dès lors qu’elle s’effectue en lien avec les problèmes professionnels rencontrés au cours de la carrière.
  • Quid  des RASED, du lycée, du sport à l’école.
  • Quid de la taille des établissements, des effectifs dans les classes (les plus élevés d’Europe), de la rémunération des professeurs des écoles (dans les plus faibles)
  • Les  propositions sur l’orientation, n’évoquent que très rapidement, et toujours dans l’annexe, la mise en place annoncée – sous l’égide d’un autre ministère, il est vrai – du « service public de l’orientation » dans le cadre des Régions. Or, sans une articulation précise des responsabilités réciproques, nous risquons de nous trouver là,  face à de graves problèmes de fonctionnement, à des rivalités inutiles et à beaucoup d’énergie gaspillée. Tant que l’enseignement professionnel, sous toutes ses formes, n’aura pas acquis son égale dignité avec la formation académique, le système de distillation fractionnée par l’échec dans les disciplines générales continuera de fonctionner. Nous avons en Corse le plus fort taux d’élèves qui sortent du système scolaire sans aucune qualification. Tant que le système ne repensera pas l’orientation vers les filières professionnelles de manière positive, avec un véritable accompagnement pédagogique et social, on peut craindre qu’il continue à fonctionner comme une centrifugeuse, excluant toujours ceux qui sont le moins en phase avec le « modèle dominant » et les condamnant à « tenir les murs », en attendant de pouvoir bénéficier de dispositifs de « raccrochage ».
 
La focalisation sur les rythmes scolaires

La question des rythmes scolaires est emblématique il ne faut pas imaginer que cela résoudra, tout à la fois, la question de la fatigue, de la démobilisation et de l’échec des élèves. Le temps n’est qu’une variable parmi d’autres et n’est pas séparable de la nature des activités que l’on y effectue : on peut avoir un temps scolaire parfaitement conçu - conforme à toutes les exigences de la chronobiologie - et parfaitement vide ou totalement inhabité ! Séparer la question des rythmes de celle des contenus et des méthodes d’enseignement peut conduire à l’impasse... Ce qui fatigue l’élève c’est l’échec scolaire, c’est de ne pas comprendre, de ne pas y arriver. La question de l’aménagement du temps scolaire doit être intrinsèquement liée à celle de la pédagogie de la réussite à mettre en place.  L’erreur a été de commencer par la fin c'est-à-dire les moyens et de lancer un décret sans aucune consultation de la base. Encore une fois on partage la société en deux : les pour et les contre, alors que l’enjeu ne se situe pas de savoir si l’on va sortir à 15h30 ou 16h30, ou de travailler le mercredi matin. Que fait –on ensuite des élèves ????
C’est tout le «tissu éducatif » qui doit être réinterrogé.

La question des moyens est intrinsèquement liée à la réussite des dispositifs. Quand on sait qu’il manque déjà 24 postes en Haute –Corse dans le 1er degré, qu’il n’y a plus de formation continue, sur quels moyens faudra ­ ­il compter pour mettre en place l’accueil des 2 ans et le « dispositif plus de maîtres que de classes » ???
                                              
En ce qui  concerne directement la Corse

Nous avons à faire à une loi de programmation qui n’évoque aucunement l’enseignement des langues régionales et à la présence dans son institution de l’enseignement bilingue. Un oubli bien révélateur de la considération de la France envers ces langues . Nous n’en sommes pas étonnés car dans ce domaine nous savons combien il est difficile de concevoir, pour l’ état jacobin, la diversité culturelle. Aujourd’hui la preuve en est que  la confusion de l’unité politique et de l’unicité linguistique est toujours aussi présente malgré la timide volonté du Président à vouloir signer la charte des langues régionales. Nous en sommes fortement inquiets, à l’heure où un projet linguistique partagé par le plus grand nombre fait jour, à l’heure où l’Europe promeut de façon continue l’enseignement bilingue pour aller vers le plurilinguisme, à l’heure où 30% de nos élèves reçoivent un enseignement bilingue. Cette absence  d'une prise en compte des langues régionales dans un texte-cadre si important laisse augurer, s'il venait à être maintenu en l'état, d'une perspective très négative et serait de nature à compromettre toute évolution significative  dans le dispositif d'enseignement et dans la négociation Etat-Région d'un futur statut de coofficialité .C’est pourquoi nous avons soumis s à la discussion le vote d’une motion pour que la référence à l’enseignement de la langue corse et à l’enseignement bilingue  soit intégrée par un article dans le document. Votée à l’unanimité, la demande de notre groupe qui est devenue celle de l’assemblée a été intégrée dans le rapport final de l’assemblée de Corse sur ce projet de loi
 
L'ASSEMBLEE DE CORSE

DEMANDE
au gouvernement d'intégrer de manière explicite dans ce projet de loi  un article complémentaire énonçant :

-     le principe de l’engagement de l'´Etat dans  le développement et la promotion effective de  l'enseignement des langues régionales et de l'enseignement bilingue.
 
-                le principe de la prise en  compte, par la loi-cadre, des politiques spécifiques menées par les collectivités territoriales compétentes en matière de langue dite « régionale », et la possibilité, pour les collectivités concernées, de mettre en place, par voie de convention avec l’Etat, des dispositifs spécifiques permettant de concilier les objectifs de la loi générale et ceux poursuivis à travers leur statut spécifique.

Conscients que les discussions se jouent dans les commissions du parlement et du Sénat, nous profitons  de cette tribune pour interpeler directement les députés ainsi que les Sénateurs pour leur demander de se faire échos des décisions de l’assemblée et proposer des amendements à la loi, conformes à ce que l’Assemblée de Corse a voté à l’unanimité.

Notre intervention démontre que nous avons un besoin vital de concertation et d’échange pour construire un véritable projet éducatif alternatif pour la Corse.

La Corse comporte un grand nombre de spécificités culturelles, démographiques, structurelles que la loi générale ne peut gommer, effacer, car c’est ça également le droit à l’Education. Ce projet éducatif ne peut être le seul fait de l’école. Il faut impérativement que la CTC organise des assises de l’Education, même si elle ne détient pas toutes les compétences afin de déterminer un diagnostique et de tracer les perspectives de l’élaboration de ce projet éducatif pour le bien de nos enfants et l’avenir de notre société.
 
 
Femu a Corsica


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