Femu a Corsica
Sàbatu u 28 di Sittembre 2013

La réforme institutionnelle en marche !

Après une session de l'Assemblée de Corse très riche et très dense, le travail de la "commission Chaubon" et l'investissement total de notre groupe ont porté leurs fruits. Avec 46 voix pour et 5 contre, La Corse envoie un signal fort au gouvernement pour inscrire la Corse particulièrement dans la Constitution française. Un résumé de l'intervention remarquée de Michel Castellani et une vidéo des interventions de Jean-Christophe Angelini et Gilles Simeoni.


I nostri eletti
I nostri eletti

Nous ne sommes pas ici en présence d’un sujet de gestion ordinaire. Le rapport qui nous intéresse aujourd'hui procède, de la part de la représentation élue de l’île, d’une analyse en profondeur de la situation de la Corse et de la volonté de remédier vraiment à un certain nombre de problèmes essentiels. En termes démocratiques, ce n’est pas rien. D’autant que cet examen vient au terme de dizaines de réunions, de travaux sérieux et répétés de la part de la Commission ad’hoc. Je veux d’ailleurs rendre hommage à P. Chaubon pour le sérieux, la compétence et l’esprit d’ouverture avec lesquels il a dirigé ces travaux. Travaux qui nous conduisent donc aux sources de nos valeurs politiques, au regard premier que nous portons sur l’île, à notre conception de fond sur ce qu’est la Corse, ce qu’elle devrait être, sur la nature de ses relations avec le pouvoir central… Bref, nous sommes aujourd'hui dans un débat que nous considérons être d’une extrême importance, en ce sens qu’il dégagera (ou pas !) une proposition au gouvernement d’une évolution forte du statut politique, constitutionnel, de la Corse.

Le rapport qui nous est aujourd'hui proposé couvre tous les aspects structurels du chantier institutionnel : culture, fiscalité, foncier, réorganisation des collectivités. L’intérêt de ce texte est la reconnaissance -ipso facto- du fait politique Corse et la demande d’une prise en compte constitutionnelle spécifique. Au plan des principes il s’agit pour nous d’une base incontournable de solution. Si ce texte est adopté, il constituera un progrès significatif par rapport à la situation politique actuelle, en ce sens qu’il demandera une avancée décisive des institutions, et qu’il ouvrira sans doute un cycle de discussion avec le pouvoir central. Duquel on attend, soit dit en passant, une attitude enfin constructive après tant de déclarations négatives et d’attitudes méprisantes.

Mais on notera aussi les limites sévères de ce texte, qui souffre sans doute du défaut de ses approches elliptiques. Nous sommes en présence d’une approche très prudente, qui suggère, qui emploie volontiers le conditionnel, qui précise peu la mise en œuvre opérationnelle des différents chapitres. Le fait d’en rester aux principes généraux permet toutes les interprétations, y-compris celles a minima, qui, dans les faits, n’apporteraient rien à la solution de nos problèmes. Nous pensons que, dans notre démarche, il ne sert à rien de louvoyer, de tenter de contourner les obstacles. Il nous faudra un jour ou l’autre, inévitablement, aborder les choses de front.

Car, c’est un argument décisif, on ne peut nier l’échec, dramatique sur toute la ligne, des statuts successifs, qui, depuis le département jusqu’à la Collectivité Territoriale, ont accompagné l’île dans son difficile cheminement économique, culturel et politique...

Notre culture, vivante et typée, a été érodée jusqu’à la perspective d’une proche disparition. Nous ne referons pas ici le débat sur la coofficialité, sauf à dire que cette langue mérite sa reconnaissance officielle. L’échec culturel a conduit à la banalisation, à une affligeante acculturation.

Echec économique et social aussi. Où que l’on se tournent abondent les signes de ces avanies Un potentiel fiscal largement inférieur à la moyenne française : des revenus médians de 1435 euro pour 1562 en moyenne française, un PIB par ht de 23800 contre 29897, un taux de chômage régulièrement au dessus de la moyenne nationale… Nous souffrons d’une faiblesse considérable des bases productives, la structure de notre PIB est véritablement affligeante avec un primaire à 3% et surtout un secondaire à moins de 20% BTP compris… du coup la composition de notre population active ne peut être que catastrophique avec moins d’un actif réel sur trois hts. Voilà la vérité, des entreprises en difficulté, des jeunes rejetés sur le bord de la route, du désarroi social à tous les étages, la perte de la solidarité sociale intergénérationnelle… L’installation d’un modèle macro économique fondamentalement pénalisant, de marché final, captif, d’une économie résidentielle et fortement administrée, qui génère certes de confortables rentes de situation, mais s’oppose au développement de notre île et plonge trop de personnes dans la précarité. Nous avons donc toute une économie à rebâtir, alors que soufflent les vents contraires d’une crise de grande ampleur, que se réduisent les budgets et le potentiel d’action. Notre devoir est de reconstruire, pierre par pierre cette économie, qui, rappelons le tout de même, a été fortement excédentaire et exportatrice des siècles durant, jusqu’au drame de 1914. Que l’on vienne donc nous expliquer comment on procèdera à ce travail d’assainissement, sans remise en cause d’un statut qui a conduit à la ruine de tant de gens, à l’exil massif, à la désertification des 8/10èmes de notre territoire…

Echec politique aussi. Il faut le dire clairement : l’objectif des gouvernements successifs, de la vision parisienne de la Corse a été la normalisation. Toute la politique du gouvernement central, en tout domaine, a été de fabriquer une île sans personnalité particulière. Tout a été tenté : la normalisation politique et institutionnelle par le département, puis la rattachement à PACA, la normalisation culturelle par l’érosion, par la guerre que l’école a longtemps menée à la langue, par le refus de la simple loi Deixonne. La mise en situation de domination par le statut fiscal (dérogatoire celui là !), par la perte de maîtrise des transports maritimes et le rapt de ces derniers par l’armateur marseillais, par la fermeture initiale de l’Université, les retards accumulés en matière de formation, par la mise en place d’une aide à la consommation et non à la production… Voilà. Et bien, le moins que l’on puisse dire est que cette politique de normalisation a échoué ! Qu’on le veuille ou pas, si l’on sait regarder notre histoire telle qu’elle s’est déroulée, on verra qu’il a toujours existé, malgré la passivité de la classe politique traditionnelle, sous des formes diverses et dans des conjonctures différentes, une forme de défense des libertés  corses, individuelles et collectives. Qu’il y a toujours eu pour Paris une extrême difficulté à faire entrer l’île dans un mode gestion, d’encadrement juridique, pour lequel elle n’est manifestement pas faite. Et cette résistance à la normalisation est devenue croissante à l’époque contemporaine, multiforme, culturelle, sociale, politique. Que l’on me cite une autre population de 300.000 âmes capable de poser, des décennies durant, un problème majeur et apparemment insoluble au pouvoir central !

Si nous jetons sur la situation corse un regard si négatif, ce n’est pas par esprit de critique, ni par excès de pessimisme. C’est parce que nous pensons qu’il ne faut pas se tromper sur le diagnostic si l’on veut apporter à la question corse une réponse adaptée et efficace. Qu’il faut voir les choses telles qu’elles sont pour, enfin, les améliorer.

Je voudrais d’ailleurs vous dire dans quel état d’esprit nous avons abordé cette séance, comme l’ensemble de la mandature : nous n’avons aucunement la volonté d’entraîner l’Assemblée de Corse dans une escalade revendicative ou l’île dans une dérive institutionnelle. Nous ne sommes pas guidés par des présupposés idéologiques. Nous n’avons de comptes à régler avec personne et ne considérons pas avoir de revanche à prendre avec le pouvoir central. Les choses sont plus simples : nous souhaitons pour notre île un saut qualitatif décisif. Et pour cela nous souhaitons voir notre Assemblée proposer à Paris de doter la Corse des moyens réels de sortie de crise. Si un texte de consensus est adopté en ce sens, nous n’aurons pas gaspillé notre mandature. Cela a été dit et répété lors des multiples réunions de la Commission Chaubon, il ne sert à rien de saucissonner les choses, de proposer des solutions fragmentaires à une problématique qui est globale. Nous souhaitons qu’in fine l’Assemblée de Corse adopte un rapport proposant l’inscription spécifique de notre île dans la constitution et tirant les conséquences de cette spécificité, en matière culturelle, fiscale, politique. C’est simple. 

Dans ce débat beaucoup d’arguments ont été échangés. Je ne parle pas des insanités déversées sur internet par une certaine association. Et que je me demande jusqu’où ils iront dans l’insulte, quand je me vois nommément accuser d’idolâtrer le régime nord-coréen, de vouloir chasser des gens de notre île, y-compris des élus de notre assemblée. Je dirai simplement au grand ordonnateur de ce cirque, que le débat démocratique ne consiste pas à se cacher comme une araignée au fond de son trou et distiller son venin contre les ¾ des élus qui, eux ont affronté en pleine lumière le suffrage universel.

Je n’évoquerai pas ici la réforme institutionnelle , les rapports départements-CTC, réforme pour laquelle un débat sérieux sera indispensable au terme des  travaux du comité stratégique (p. 43). Encore faut-il que ce dernier se réunisse. Nous verrons le moment venu.

Je voudrais mettre d’entrée de coté la posture qui consiste à dire que l’on ne touche pas aux institutions. La question est simple : pourquoi n’y toucherait-on pas ? Sont-elles de droit divin ? N’est-il au contraire pas essentiel que les institutions évoluent au rythme des adaptations nécessaires ? C’est d’ailleurs ce qui se fait habituellement et partout, y-compris en France. Et c’est également une plaisanterie quand on prétend qu’il ne peut y avoir exception à la loi. La loi sur la laïcité s’applique-t-elle sur tout le territoire ? Non. L’interdiction de combat de coqs ? la tauromachie ? L’égalité devant l’impôt est-elle respectée quand certains sont dispensés de taxes sur les plus values ? Idem sur le plan européen où les adaptations aux situations particulières sont même la règle, quand on veut bien les négocier. En France comme ailleurs, les juristes s’arrangent toujours avec les réalités pour peu qu’on leur en confie la mission ! Ce n’est donc pas une monstruosité penser que l’adaptation des institutions à la spécificité corse, géographique, culturelle, politique, historique, s’impose.

On ne peut opposer, comme on l’a souvent entendu, réforme institutionnelle et préoccupations sociales. D’abord parce que nous voyons mal en quoi ces approches seraient exclusives l’une de l’autre. Mais aussi dans la mesure où les institutions sont le cadre porteur, qu’elles déterminent le mode d’insertion d’un espace dans l’économie monde qui, aujourd'hui, s’impose à tous. Dans la mesure où elles confèrent, ou pas, aux responsables les moyens de leur politique de développement. Il est absurde d’opposer des actions, qui en fait sont complémentaires.

On ne peut affirmer non plus que le fait de vendre enrichit une communauté. Certes, à court terme de l’argent circule, mais vite cette solution revient à paupériser, à dilapider le capital, ce qui est le contraire même d’un enrichissement durable. On bâtit une politique sur la valorisation de son patrimoine, on s’appauvrit par la vente de ce dernier.

Maintenant, j’en viens à la question centrale : nous savons que ce qui pose principalement problème à certains d’entre nous, comme à Paris, est la question du statut de résident. Certains veulent y voir une dérive fatale, et d’autres, souvent les mêmes, une approche exécrable des choses, la volonté de rejeter l’autre.

Ceci revient à poser la question de fond : sommes-nous racistes ? Voulons-nous replier l’île sur elle-même ? Désirons-nous dresser autour de la Corse un barrage ethnique ? La réponse est clairement : non. De tout temps des gens sont venus, d’horizons divers, se fondre dans notre communauté. La Corse a toujours été une terre ouverte et elle doit le rester. Nous n’avons pour notre part ni les moyens, ni surtout la volonté qu’il en soit autrement. Les choses sont plus simples : ce que nous désirons, tout aussi fortement, est préserver le sentiment commun, le sentiment d’appartenance qui fonde de facto l’existence d’une communauté. Et nous voulons préserver les valeurs communes, culturelles, sociétales, que nous ont laissées nos parents. Tout ceci relève d’une volonté politique forte, mais en aucune façon d’une approche ethniciste, xénophobe ou discriminatoire. Cela, c’est la réponse de fond, essentielle.

Maintenant, sur le mode opérationnel, il est quand même difficile de se résoudre à ne rien faire, à ne rien tenter, à laisser les choses filer leur cours uniquement drivées par des forces et des intérêts extérieurs à notre île. Il est certes compliqué d’influer sur la course d’une société. Mais nous devons au moins tenter de doter la Corse de moyens capables d’assurer la tentative de sauvegarde de nos intérêts culturels et économiques. L’un d’entre nous a qualifié le projet de statut de résident « d’inutile et dangereux ». Nous pensons au contraire qu’il n’est ni dangereux ni entièrement inutile. C’est vrai qu’il marque une rupture nette avec l’égalitarisme strict lié à l’Etat-nation. C’est vrai qu’il crée de fait une forme de reconnaissance de la spécificité corse. Cela dit, nous pouvons remarquer que cette forme de reconnaissance ne repose pas sur des critères culturels ou historiques. Elle ne ferme la porte à personne. Elle n’est pas discriminatoire puisque s’appliquant à tous. Elle n’est finalement dangereuse que pour une certaine conception de l’Etat. Mais cela n’est pas pour nous un problème.

J’observerai aussi qu’elle ne constitue pas une réelle solution, qu’elle n’est qu’un frein relatif, au problème de spéculation, de sélection par l’argent, de dépossession, et non une réponse absolue. Sur le fond il faut quand même observer que 350 millions de personnes vivent à 1h30 d’avion de notre île. Imaginons le niveau de pression sur notre patrimoine foncier et naturel que représente pareille situation, dans le monde actuel de mouvement généralisé, de recherche d’un environnement de qualité pour les plus aisés, et de sauve qui peut pour les plus défavorisés… Si nous désirons ne pas laisser les choses aller dans leur logique naturelle, quelle autre solution pourrait-on proposer, que ce statut ? Qu’on nous le dise !

En toute hypothèse, la question du foncier est fondamentale. Bien sûr que la multiplication à l’infini du nombre de résidences secondaires nous oblige à répondre au problème de l’équilibre territorial, de la spéculation, de la difficulté croissante pour les jeunes et les gens modestes d’accession à la propriété… Tout ça est bien connu. Mais n’oublions pas non plus les distorsions dans les relations sociales que cette dérive résidentielle suppose : quelles relations aux autres ? Quelles valeurs fondatrices ? Ile vacances, ile loisir, ile piscine, ile promotion immobilière, ile retraités, ile show biz, ile discothèque ??? Je sais aussi bien que vous que toute généralisation, toute simplification, est dangereuse. Il n’en demeure pas moins qu’agissent chez nous des centaines de prédateurs, qui achètent, vendent et revendent… et que ces prédateurs constituent pour les équilibres culturels et sociaux des dangers mortels. Car aucune société ne peut sortir indemne de mutations foncières massives.

Nous souhaitons donc un consensus, le plus large possible, sur un texte porteur d’avenir. Si cette sortie s’avère impossible, alors il conviendra de cheminer selon la logique démocratique : que chacun s’exprime et in fine, que chacun vote : a l’ultimu si feranu i conti. En ce qui nous concerne, je le répète, nous ne voyons pas comment un système qui nous a conduit à une accumulation de problèmes pourrait s’amender spontanément et devenir subitement salvateur.

Nous pensons qu’il faut être réaliste, et demander ce qui peut apparaitre comme impossible. Enfin ! Nous, nous imaginons une Corse apaisée, vivant tranquillement son bilinguisme, reconnue pour ce qu’elle est, maîtrisant l’évolution de son foncier, une Corse sortie de ses éternelles tensions et violences. Et nous ne pensons pas être dans une logique de rupture. J’avais été marqué par l’exemple des iles Åland. De culture entièrement suédoise mais dont les habitants proclament volontiers et sans réserve la loyauté à leur nationalité Finlandaise. La justice est la meilleure garante de la paix.

Voilà. Ce qui guide notre action, c’est l’idée de bâtir cette Corse ouverte, fraternelle, accueillante, vivant sans rupture majeure dans le fil de son histoire.  Faute de volonté politique, nous n’avons jamais atteint cet objectif, et faute de volonté politique nous ne l’obtiendrons pas plus dans le futur. C’est pour cela qu’il nous faut, pour l’instant, conclure positivement le débat actuel, qui en constitue un passage obligé !


Regardez ici les extraits des discours de Jean-Christophe Angelini et Gilles Simeoni pendant le débat. 
La vidéo est ici
Femu a Corsica

Cantunale | Assemblea di Corsica | Cantunale 2011 | Assemblea di Corsica : Quistione à bocca | L'eletti | Assemblea di Corsica : Muzione | A lèttera | Elezzione | Attualità | Istituzioni | Législatives 2012 | Présidentielles françaises | Municipales Aiacciu 2015 | TARRITURIALI DI 2015 | U Filu di a Storia | Custruì una sucietà libera | Inizià u Riacquistu Ecunomicu | Elezzione legislative 2017